QUENTIN

HOERNER

Un passionné en action

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AMBASSADE DES OCÉANS

Bonjour Quentin, est-ce que tu peux te présenter toi et ton association pour les gens qui ne te connaissent pas ?

Bonjour, je m’appelle Quentin Hoerner, j’ai 33 ans , je suis père de famille, marié, sans emploi et anciennement du monde de la communication marketing et internet. J’en suis venu à créer Ambassade des Océans de part ma grande disponibilité et de ma passion pour la biodiversité sous-marine étant moi-même plongeur. 

J’ai voulu m’investir dans une vision de veille et d’information afin de traiter tous les sujets à la fois, sachant que la plupart des associations en France sont des associations spécialisées où bien des grandes structures américaines avec déjà une stratégie de communication établie. Pour moi, ces structures ne répondaient pas nécessairement à cette vision de vouloir créer des liens, créer des ponts entre les associations et de mettre les acteurs aussi bien associatifs, privés et passionnés en avant dans la mesure du possible. 

C’est pour cette raison que j’ai décidé de créer Ambassade des Océans, en premier lieu pour répondre de cette ambition, mais aussi pour répondre au grand public sur des questions environnementales marines qui ne sont pas nécessairement relayées par les médias, voir traitées seulement en surface et qui mériteraient d’être approfondies et d’être soutenues.

La problématique plastique par exemple témoigne de cette superficialité de traiter les océans en surface uniquement alors qu’il y a énormément d’autres choses qui se passent sous la surface et en dehors de notre champ de vue et qui sont potentiellement d’autant plus dommageable soit pour l’environnement soit pour l’homme. 

Pour cette raison, on s’efforce de sortir un article par mois sur notre site sur des sujets qui sont complémentaires et qui ne sont pas relayés dans la même profondeur d’étude par les médias. 

Pour résumer l’association, il n‘y a aucun scientifique, doctorant, spécialiste ou expert, elle est faite par des passionnés qui mettent leur passion au service de cette cause.

On a déjà parlé de ton programme ORCINUS dans un de nos articles, tu peux nous rappeler les objectifs de celui-ci ?

Au niveau international, le terme anglais WHALE qui veut dire BALEINE, désigne les petits et les grands cétacés sous la même appellation. Cependant, la réglementation ne prend en compte seulement les gros cétacés sous cette appellation : baleines bleues, baleines à bosses, baleines grises,… Elles sont encore aujourd’hui chassées par beaucoup de pays dans le monde dont le Japon qui subit une pression internationale par les grosses ONG américaines, mais aussi la Norvège, la confédération Russe des peuples autochtones, les populations d’Alaska et les îles des Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Ces mêmes pays bénéficient de quotas réglementaires et votés par la commission baleinière internationale. Il y a bien évidemment des chasses illégales qui sont passées sous silence mais sur lesquelles il y a déjà des acteurs en jeu.

Partant de ce constat, l’objectif d’Ambassade des Océans et du programme ORCINUS est d’aller là ou il y a un manque. Celui que nous avons identifié est l’accroissement de la chasse des petits cétacés, qui ne répondent pas de la gouvernance de la commission baleinière internationale et qui pourtant est à la hausse, sans aucune réglementation, créant un vide juridique. Plus de 100 000 petits cétacés sont chassés tous les ans à travers le monde, allant des marsouins aux globicéphales, mais aussi les dauphins communs et les orques qui sont des espèces protégées.

Devant ce vide juridique, plusieurs nations développent cette activité pour diverses raisons. Ambassade des Océans s’engage face à la motivation de certains petits pays qui semblent être influencés par d’autres grands pays consommateurs de la viande de petits cétacés. On dénombre 39 pays qui pratiquent cette chasse, dont 9 qui chassent les orques (potentiellement 10) et personne n’en parle.

Aujourd’hui les petits cétacés sont protégés notamment avec des organisations comme THE DOLPHIN PROJECT dirigé par Ric O’Barry, SEA SHEPHERD et leur campagne dans les Îles Féroé et puis il y a les 37 autres pays, dont ces fameux 9 autres pays qui font ce qu’ils veulent.

De ce fait, en l’absence de réglementation de la commission baleinière internationale sur les petits cétacés, j’ai décidé de part ma passion pour les orques et pour cette catégorie de cétacés là d’engager Ambassade des Océans dans ce programme contre la chasse illégale des petits cétacés protégés par le SPAW PROTOCOL et le moratoire de 1986 qui précise bien que les orques et les dauphins communs, tout comme les baleines, sont des espèces protégées et qu’il est interdit de les chasser.

À titre personnel, c’est pour moi un moteur de faire ce qui est en mon pouvoir, avec les moyens de l’association pour essayer de renverser la vapeur et prouver que c’est une activité contre-productive dans tous les sens du terme.

COMBLER UN MANQUE

en luttant contre l'accroissement de la chasse aux petits cétacés

UN CONSTAT D’ÉCHEC

Tu es récemment parti dans des îles Caraïbes: Saint-Vincent-et-les Grenadines et Sainte-Lucie. Dans le cadre de ce programme, qu’est-ce que tu peux nous dire sur la situation sur place ?

Le constat est qu’on ne souhaite pas entrer ni en confrontation, ni en protestation, ni en dénonciation avec les pays et les communautés qui vivent de cette chasse. 

Toutes les oppositions qu’il y a pu avoir par le passé n’ont fait que renforcer les communautés dans leur exercice, par exemple la Norvège qui a subi une grosse pression de la part de SEA SHEPERD et qui s’est notamment fait connaître en percutant et en coulant un bateau Norvégien, et bien aujourd’hui la Norvège chasse beaucoup plus de baleines que le Japon et l’Islande réunis. C’est donc un constat d’échec ! De même que la chasse aux phoques perdure et se développe de nouveau, Greenpeace s’étant fait connaître à l’époque avec leur campagne de protection des bébés phoques sur la banquise. Tout comme le Japon qui continue de chasser la baleine et qui a décidé de se soustraire de la commission baleinière internationale afin d’avoir le champ libre.

C’est donc un constat d’échec sur les méthodes de contestation, d’opposition et de dénonciation. L’idée pour Ambassade des Océans, aussi naïve soit-elle, c’est d’aller sur place, de faire le constat et de documenter la situation pour éviter tout amalgame, mais aussi de prendre la température pour savoir :

  • quels sont les leviers d’action ?
  • quels sont les arguments ?
  • est-ce que ces arguments sont justifiés ? 
  • est-ce que ces arguments sont cohérents ?
  • est-ce que ces arguments sont respectables ?

À partir de là, voir quelles sont les opportunités d’action de développement économique, car ne nous le cachons pas, si cette activité se développe dans le monde entier c’est qu’il y a bien un facteur économique croissant et intéressant pour les personnes qui le font.

L’idée étant de trouver des alternatives à terme, mais aussi de proposer une information sur place qui est clairement manquante. Les gens ne sont pas informés.

Je suis allé dans un premier temps à SainteLucie qui était l’un des pays identifiés par un rapport de la Whale and Dolphin Conservancy dans lequel on dénombre une chasse sur les orques.

Force est de constater que sur Sainte-Lucie on ressent clairement un malaise lorsqu’on aborde le sujet.

Le premier matin, sur Castries (Capitale de Sainte-Lucie), je me suis donc mis en quête du marché au poisson et sans perdre de temps j’ai demandé ou est-ce que je pouvais trouver de la viande de dauphin. Autrement appelé de la viande de “Blackfish”, regroupant dauphins et globicéphales.

J’ai donc fait mon touriste en disant que je savais qu’ils chassaient la baleine et le globicéphale et ou est-ce qu’il était possible de goûter cette viande là, afin d’éviter de rentrer dans la confrontation. 

J’ai eut des réactions complètement opposées, à savoir de la méfiance dans un premier temps, car si tu es blanc tu es forcément un touriste. Mais aussi du rejet, où l’on m’expliquait que ce temps là était révolu et que la “Dolphin meat” (appelé sur place “Maï Maï”) est en fait de la dorade. Ces gens et notamment les anciens pêcheurs disent que ce poisson ressemble à un dauphin, d’où son appellation de vente. Il était donc important de se renseigner et de creuser un peu afin d’éviter de crier au scandale devant le nom “dolphin meat”.

Et puis, j’ai eut des pêcheurs lors d’une journée de repos qui m’ont dit que le “Blackfish” se consommait encore aujourd’hui, cependant qu’il était très rare de les chasser et que cette pratique se faisait sur une période donnée : durant Octobre, date à laquelle Sainte-Lucie organise un festival et où quelques pêcheurs ramène de la viande de dauphins, mais surtout que le plus gros provient de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Il faut savoir que ce type de mets est communautaire, un repas dit traditionnel et festif, qui fait partie d’une culture locale bien ancrée dans les moeurs.

En résumé sur Sainte-Lucie j’ai eu pas mal de témoignages où tous ont refusés de témoigner face caméra, peu d’activité sur place et un constat de malaise autour du sujet.

SAINTE-LUCIE

SAINT-VINCENT-ET-LES-GRENADINES

J’ai ensuite terminé mon séjour à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, un conglomérat de 32 îles paradisiaques et dont Saint-Vincent est l’île principale et surtout l’île la moins attractive pour les touristes et qui compte le plus de misère humaine au sens propre du terme.

Ce séjour s’est fait par le biais d’une association locale, Salvage Blue dirigé par Adam Gravel, avec qui je suis rentré en contact et qui milite pour la fin de la chasse légale aux grosses baleines. Celui-ci n’était pas forcément au courant de toute l’ampleur de cette activité de chasse des orques sur place (ce qu’il a ensuite confirmé et documenté après recherches). 

L’idée en arrivant sur place a été d’interviewer les acteurs déjà engagés sur cette question de chasse aux orques et qui sont sous le feu des projecteurs, en partie à cause d’un fait divers survenu en 2017 et relayé par la presse anglo saxonne où 3 orques se sont fait harponner par des pêcheurs locaux devant un bateau de whale-watching. L’histoire a bien évidemment fait scandale et est remonté jusqu’au oreilles de la commission baleinière internationale. Le premier ministre local s’est donc empressé d’annoncer la mise en place une loi visant à interdire la chasse des orques et des grands dauphins. Jusqu’à là, la presse locale n’avait relayé aucunes informations sur ce type de faits divers, jusqu’en Avril 2018 où ont été débarqué des orques tout juste pêchées sur une plage de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Les journalistes se sont alors empressés de demander aux pêcheurs pourquoi ceux-ci ne respectaient par la loi et ils se sont justifiés par le fait que celle-ci n’a pas encore été mise en place.

Ce qui me motive à passer à l’acte c’est que d’ici 2020 auront lieu les élections pour élire le premier ministre à Saint-Vincent-et-les-Grenadines. La question est de savoir si le premier ministre déjà en place sera renouvelé ou non, mais une chose est sûre c’est que la communauté de la côte Ouest est une communauté clé pour se faire élire ou non. Et la question de faire passer la loi contre la chasse aux orques est essentielle auprès de ces gens là, car si la loi passe, il ne se fera pas élire. Je peux dire de source sûre que tout est fait de manière à ce que cette question ne soit pas à l’agenda de ces futures élections.

Au vu de ces déclarations, il est bon de se demander à quoi servent les conventions internationales, sachant qu’elles n’ont aucune légitimité dans aucuns pays dans le monde. Ce sont seulement des chartes bien pensantes diplomatiques et qui ne font l’objet d’aucun contrôle. 

L’engagement est fort et mérite bien sûr d’être soutenu. Qu’elle est la prochaine étape ?

La prochaine étape consistera à retourner sur place afin d’interviewer le maximum de personnes sur le sujet, mais surtout de travailler sur l’aspect pédagogique et informatif en créant, en reconnectant l’émerveillement et la fascination pour ces espèces. Nous allons sensibiliser les jeunes sur les richesses dont ils disposent, qui inclut les orques et petits cétacés, les découvertes scientifiques et l’aspect relationnel avec des images à clé.

Le projet pédagogique est déjà en discussion pour réunir une centaine d’enfants et faire quelque chose de ludique et pédagogique en ayant une action positive dès le prochain retour sur place.

On sait maintenant que tu prépares un projet vidéo qui montrera l’étendu du sujet, tu as une date de sortie ?

On aura dans un premier temps une vidéo en préparation qui présentera la chose et appellera au soutien des privés pour nous soutenir sur ce projet. Mais aussi, une vidéo plus de type documentaire où tout reste à définir. Ce qui est sûr c’est qu’il sera à disposition du public dès que possible.

Pour moi, il est important de comprendre que la cruauté des images montrées dans des documentaires comme à Taiji ou aux Îles Féroé est une chose, mais d’être sur place et ressentir les choses est totalement différent car on se sent bousculé dans tous les sens et c’est en complète opposition avec les gens sur place qui sont d’une grande gentillesse, alors qu’un crime contre le vivant vient à peine d’être commis…

PÉDAGOGIE ET INFORMATION

Quentin merci beaucoup de m’avoir accordé du temps pour répondre à ses questions. On espère tous le meilleur pour la continuité de l’association et comme toujours allons suivre ton actualité de près.

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