Avec la sortie de son premier livre intitulé "Frère des orques", Pierre Robert de Latour notre accorde un entretien et nous fait découvrir 20 ans de rencontres sous-marines avec les orques de Norvège.

Bonjour Pierre, pour les personnes qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Pierre Robert de Latour, je me définirais comme un explorateur du comportement des orques, passionné depuis mon plus jeune âge par l’univers sous-marin et par les créatures qui y vivent. J’habite à mon grand regret loin de la mer, à Mont de Marsan dans les Landes. Je suis marié, père de 3 enfants.

Président de l’association “Orques sans frontières” depuis 1999, on vous défini souvent comme un passionné engagé et vous comme un comportementaliste des orques. Mais vous êtes aussi un conservationniste, un aventurier, un auteur, un producteur, un plongeur (ancien professionnel) et un coureur d’IronMan. Qu’est-ce que vous n’êtes pas ? 🙂

Un peu tout ça, c’est vrai. C’est le privilège de quelqu’un qui a eu une longue vie. Qu’est ce que je ne suis pas ? Une orque !!! J’avoue que mes faibles performances (résistance au froid, apnée et vitesse de nage) me frustrent quand j’interagis avec les orques. Je rêve de pouvoir rester plus longtemps avec eux.

Plus sérieusement, nous vous avons vu prendre la parole à des conférences et des rassemblements publiques à l’encontre la captivité des orques, notamment aux côtés de Paul Watson. Quelle importance portez-vous au bien être et à la conservation des orques ?

Les orques sont le prédateur apex des écosystèmes marins. Ils en sont la pierre angulaire. Il est primordial de les protéger. Ce faisant, nous protégeons indirectement tous les océans. Mais cela va bien au-delà. Il est clair pour moi, après toutes ces années, que les orques, les cétacés représentent une civilisation sous-marines belle et lumineuse. La civilisation océanique. Ces créatures ont une vie secrète dans l’intimité des profondeurs de laquelle nous aurions bien des choses à apprendre.

Cela va maintenant faire 20 ans que vous plongez aux côtés des orques dans les eaux Norvégiennes, qu’est-ce qui vous fascine encore aujourd’hui chez cet animal  ?

C’est indéfinissable. L’orque est une créature fascinante, qui sait toucher notre imaginaire, et même nos émotions. Mais pour vraiment le ressentir, il faut être face à elle, croiser son regard. Quand on est assez près pour la regarder dans les yeux, on ressent une grande bonté, une conscience bienveillante, et presque une toute puissance. Paradoxalement, elles sont aussi très fragiles et régulièrement menacées par les activités humaines.

Comment voyez-vous l’orque au sein de la culture Nordique ? Y a-t-elle un place de choix comme on peut le voir chez les Amérindiens ?

Non, pas vraiment. Les amérindiens vénéraient l’orque. Ici les norvégiens ne leur accordent pas d’importance. Si ce n’est quelques professionnels du whale-watching. La Norvège est un pays qui pratique la chasse à la baleine et pas moins de 1000 petits rorquals composent le quota annuel de leurs prises. Les mentalités changent toutefois. Il semble que notre cause qui tend à défendre ces animaux gagne du terrain ici.

Nous avons l’impression vu d’ici que de plus en plus de tour-opérators viennent en Norvège afin de faire découvrir aux touristes les mammifères marins entre autre les orques, Jacques de Vos nous parlait même de trouver un “opérateur éthique” avec lequel partir en expédition. Quel est votre point de vue sur les expéditions qui sont menées en Norvège dans l’ensemble ?

Nous avons été les premiers à pratiquer le whale snorkeling en Norvège en 1992. Avec l’avènement de nouveaux médias tels que les réseaux sociaux, cette activité est en croissance exponentielle. Elle n’est ni régulée, ni contrôlée par les autorités norvégiennes ? La pression sur les groupes d’orques et de baleines dans le nord du pays en hiver commence à devenir forte et pour ne pas dire gênante. Au grand dam des opérateurs éthiques, dont fait partie Jacques de Vos notamment.

Nous sommes en collaboration avec Valhalla Orca Expedition, qui viennent d’ouvrir depuis peu, avez vous des conseils à leur donner ?

Je le ferais volontier s’ils en faisaient la demande. Je ne connais pas leur experience, leur méthode d’approche et d’interaction. Peut-être mes conseils ne seraient ils pas nécessaires. Nous ne sommes pas les seuls à faire du bon travail dans ce domaine. Certains autres opérateurs sont plutôt bons.

On l’a vu récemment du côté de l’Ouest Pacifique, certaines communautés d’orques comme les résidentes du sud de la Colombie Britannique sont en voie d’extinction, l’opinion publique se mobilise pour la sauvegarde et la protection de celles-ci et certains acteurs politiques comme le gouverneur de l’état de Washington prennent parti au mouvement. Pensez-vous que le problème puisse être générique et à plus grande échelle ? Une telle situation est-elle envisageable en Norvège ?

Je n’espère pas. Je veux dire, j’espère que nous n’aurons jamais besoin de nous mobiliser pour la sauvegarde des orques de Norvège. C’est une population plutôt en croissance, grâce à une ressource abondante : le hareng. Mais si cette ressource venait à diminuer, la population des orques, ici, et des baleines en souffrirait.

Pour en revenir à votre livre, pourquoi avoir fait ce livre ? Que représente-t-il pour vous à ce moment précis de votre vie ?

Frère des orques est un témoignage sur ces 20 années qui ont conduit un simple pêcheur sous-marin à devenir l’ambassadeur des orques libres, aujourd’hui. Je sais qu’il me reste quelques années pour tenter de mener cette aventure, cette mission de vie à terme. Il n’en reste pas tant que ça en fait. Peut-être est-ce aussi une forme héritage que je lègue aux jeunes générations en espérant que parmi cette jeunesse d’aujourd’hui, un jeune passionné devienne le prochain Orcaman.

Quels sont vos projets futur ?

La préparation d’une saison 2019/2020 qui s’annonce passionnante. Un projet en phase de test qui va être dévoilé dans les prochains mois. Et peut-être une suite à « Frère des orques » si mon éditeur est d’accord. Cela dépendra de l’accueil que le public fera à ce premier ouvrage dont j’espère, une version anglaise bientôt

Encore un grand merci à vous de nous avoir accordé cet échange, nous vous souhaitons le meilleur pour la sortie de votre livre et pour cette année 2019. Le mot de la fin ?

Les orques veulent vivre libres. Ils me le chantent à chaque fois que je plonge à leur cotés

Actuellement en vente sur Amazon, ce livre raconte l'histoire de 20 années de rencontres sous-marines avec les orques de Norvège. Pierre Robert de Latour raconte ses interactions avec Anna la matriarche, avec Leilani la sirène, le sauvetage de Heiko... mais aussi l'amitié qui s'est forgée au fil des expéditions avec son "Pod", l'equipage du Sula.

Ce livre relate aussi les rencontres humaines avec quelques uns des passagers qui ont partagés avec lui et son équipe cette aventure unique.

Le livre lève aussi une partie du mystère qui entoure la vie de cette civilisation océanique lumineuse: les orques. Et se veut un vibrant hommage à leur liberté, parfois bafouée pour les pires raisons.

"Frère des orques" sort le 23 janvier 2019 aux Editions Glénat.

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